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Fort National, entre les gravats… et le doute 

An article d'AlterPresse, une des partenaires de Ayiti Kale Je, avec la participation d'Ayiti Kale Je

P-au-P., 12 janv. 2011 [AlterPresse] - « Les voleurs nous avaient envahis, sans oublier les eaux (des pluies successives)… On n’en pouvait plus. Alors, on est revenu », rapporte Annette, qui a quitté le Champs de Mars pour revenir à son ancien quartier, Fort National, situé non loin du palais présidentiel.

Aujourd’hui Annette habite une parcelle pas plus grande qu’un mouchoir de poche, dans un abri de fortune agglutiné à celui de ses amies pas mieux loties.

Un an après, les quartiers dits populaires sont un champ de ruines. A Fort National où le gouvernement a promis d’implanter un vaste projet de logements sociaux, certains déplacés qui ont vécu durant des mois au Champs de Mars, sont revenus.

A l’aide de tôles, de morceaux de couvertures et de bâches, ils ont construit des abris de fortune au milieu des gravats des maisons démolies, dans l’espoir de bénéficier de la promesse du gouvernement.

Mais entre l’espoir et une maison, il reste beaucoup de défis, et beaucoup de gravats... et il semble que les quartiers pauvres - comme Fort National – ne font partie des priorités.

Fort National - la réalité. Photo: Accesomedias

« Il y a beaucoup d’efforts qui ont été consentis en ce qui concerne la partie formelle de la ville, mais pas pour les quartiers informels. Or d’où viennent les déplacés ? Ils viennent des quartiers informels. Seulement enlever les débris des quartiers informels c’est beaucoup plus compliqué que d’enlever les débris des secteurs formes de la ville. Il n’y a pas d’accès, et ce sont des terrains très difficiles, donc il faut des approches différentes et ce n’est que maintenant qu’on commence à travailler là-dessus », note Jean-Christophe Adrian, directeur de l’ONU-HABITAT, l’agence qui dirige le « Shelter Cluster », qui regroupe les 200 agences et ONG travaillant sur la question du logement.

Ce 12 janvier, il est prévu que le gouvernement lance un projet de 3,000 - 4,000 appartements au Fort National. [Flash - 13 janvier 2010 - La cérémonie de pose de première pierre n’a finalement pas eu lieu - AlterPresse]

« Il s’agit d’un projet de logements sociaux pour la construction de maisons en hauteur, respectant les normes parasismique, pour loger plusieurs centaines de familles », indique Jaques Gabriel, Ministre de Travaux Publics, a l’Agence France Presse.

Fort National - le rêve. Notice remis par des responsables gouvernementaux
au résidents le 12 janvier.

Mais, d’après une autorité de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction, le projet n’est pas certain.
« il reste beaucoup de questions à clarifier », d’après Priscilla Phelps, Conseillère Principale pour le Logement et les Quartiers au sein de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haiti (CIRH).

« Le projet doit être passé au crible. Il est assez cher », dit-elle.

Phelps n’est pas la seule personne qui soulève des questions ou qui nourrit des doutes.

Fort National demeure un quartier profondément marqué par le séisme où les habitants ne cachent pas leur scepticisme.

« Vous voyez bien où l’on vit non ? Qu’est-ce qu’il y à ajouter ? On entend tout le temps parler de reconstruction mais rien n’est fait », lance une femme d’un ton contrarié.

A côté des riverains de Fort National, les humanitaires eux aussi se montrent sceptiques vis-à-vis du projet.

« L’expérience montre depuis toujours dans tous les pays, que ce type de projet à terme va bénéficier aux classes moyennes, ne bénéficiera pas aux plus pauvres qui étaient dans le loyer avant le tremblement de terre », signale Adrian de l’ONU-HABITAT.

Des expériences désastreuses, le gouvernement en a déjà connues en 2010 à l’image du camp de relocalisation de Corail Cesselesse. Suite à l’arrêté d’utilité publique pris par le gouvernement en mars 2010 à propos de cette zone, entre 60.000 et 120.000 personnes ont établi leurs propres camps à côté du camp formel.

Le camp

Les environs

« Avec Corail on a ouvert la boite de Pandore et les terrains ont été envahis », rappelle Adrian, pour qui la relocalisation n’est pas « recommandée ».

« Aujourd’hui on se rend compte que ce n’était pas forcément une bonne idée puisque finalement on a participé à la création du prochain plus gros bidonville de Port-au-Prince ». [kft jr gp apr 12/01/2011 13 :00]

 

Écoutez une entrevue avec Adrien et voir les images de Corail Cesselesse, « avant et après »

Voir aussi Quel plan pour le (re-)logement?

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